Cette leçon et la suivante sont consacrées aux héros populaires mis en scène par le gouvernement communiste, semblables à l’ouvrier Stakhanov dans l’ex-URSS. Le récit de leur vie exemplaire est censé inspirer chacun, mais surtout, dans le cadre de ce manuel destiné aux enfants tibétains, ces héros incarnent la bonté de l’armée et du parti et servent donc à légitimer le régime de Pékin.
M. Bonnin, dans un article de 19961 note un retour du « culte des héros » sur la scène politique, à partir du milieu des années 1990, ce qu’il analyse comme une réaction des dirigeants chinois, « confrontés à un effondrement moral et à une dégradation de l’ordre public ». Face aux évolutions et aux réformes économiques, ce regain de vitalité des héros sur la scène publique vise à canaliser les esprits et à raffermir la position des dirigeants et la politique en place, en faisant appel au patriotisme et en cherchant « à remettre à la mode les valeurs socialistes, et surtout maoïstes ».
L’histoire du dévoué militaire Shanje se veut donc être un exemple de comportement, mais s’affiche également comme le modèle des relations qu’entretiennent les Tibétains et l’armée chinoise. Ainsi, la contribution de ce soldat au développement de ces régions pauvres à la population inculte (c’est du moins ainsi que le contexte est présenté), justifie pleinement la présence des militaires en région tibétaine. (NdT)
Leçon 13 : L’amour entre militaires et civils, qui s’associent comme le poisson et l’eau : l’histoire de Shanje
Dans la préfecture de Kongpo Gyamda2 personne n’ignore le nom de Shanje. Les gens disent qu’il est un modèle d’harmonie entre les militaires et les civils et entre les Tibétains et les Chinois, et que c’est un guide sur la voie de l’enrichissement populaire.
Oncle Shanje, qui vient de Shanghai, a travaillé au Tibet pendant plus de vingt ans. Auparavant, c’était le chef de l’armurerie du peuple à Kongpo Gyamda. Il aimait le Tibet, aussi, il offrit toute son ardeur au peuple tibétain. Afin de libérer de la pauvreté et d’enrichir les plus de vingt mille habitants de la préfecture de Kongpo Gyamda, il arpenta l’ensemble des neuf xiang3 et des cent vingt-huit villages de la préfecture, et organisa les masses populaires, afin qu’elles cueillent des herbes médicinales sur les montagnes et trouvent la « clef d’or » pour devenir riche.
Pour devenir riche il faut d’abord venir à bout de la superstition. Un jour, l’orge et le blé d’un des cantons furent attaqués par les insectes et la population était désemparée. Finalement, les gens arrivèrent à la conclusion que ce fléau était une punition divine. Quand Oncle Shanje prit connaissance de cette situation, il organisa aussitôt une escouade de militaires locaux pour répandre de l’insecticide. En même temps, il expliqua aux populations que ce fléau n’était pas du tout une punition divine, mais bien une calamité naturelle. De plus il leur promit que, si la récolte était moindre en raison de l’épandage d’insecticide, il en endosserait la responsabilité. Cette année-là, comme la récolte fut bonne, les masses tibétaines remercièrent Sanje et commencèrent à croire en la science.
Cet homme prêtait plus d’attention au peuple tibétain qu’à sa femme, ses enfants et ses parents. Un jour, Tsering Tsomo, une grand-mère tibétaine, eut soudain un malaise cardiaque, mais elle n’avait pas d’argent pour se soigner4. Non seulement Oncle Shanje lui donna immédiatement tout le salaire qu’il venait de recevoir, mais il l’amena se faire soigner et vint la voir pour lui apporter une nourriture revigorante. Il envoya également de l’argent à Drolma, une jeune fille tibétaine pour qu’elle puisse aller à l’université5. Ainsi elle put y étudier en toute sérénité. Lors de ses voyages dans les campagnes, Shanje emportait des habits et de la nourriture riche qu’il donnait aux personnes âgées qui vivaient seules. C’était donc quelqu’un qui avait toujours à l’esprit le peuple tibétain et qui prenait soin de la vie des masses. En plus de ses propres activités, Oncle Shanje avait l’habitude de composer de nombreux chants de louanges sur l’harmonie entre l’armée et le peuple. Ces chants montrent que les Tibétains et les Chinois sont les membres d’une même famille et qu’ils sont inséparables.
Exercices :
1) Comment Oncle Shanje a-t-il aidé les populations ?
2) Donne un exemple illustrant le fait que l’amour entre l’armée et le peuple est semblable à celui qui existe entre le poisson et l’eau.
Activité :
1) Connais-tu la chanson du nettoyage des habits ? Apprends-la et explique ce que son contenu illustre.
1. Bonnin, Michel. Le rour des héros. Perspectives chinoise n°34. Avril 1996
2. Kong po rgya mda, préfecture située à l'est de Lhasa, voir
4. Doit-on en conclure que les bienfaits de la république socialiste ont quelque mal à atteindre la vieille Tsering Tsomo ?
5. On croyait naïvement que la République populaire de Chine avait extirpé les Tibétains du féodalisme, en garantissant à tous l'accès à l'éducation. On a dû mal comprendre.