Leçon 10 : Les routes du Toit du monde, dites "du brocart à cinq couleurs"

 

La leçon dix est consacrée à l’amélioration des infrastructures de transport au Tibet, depuis 1950, et met particulièrement l’accent sur les sacrifices consentis par le gouvernement de Pékin et la population « représentant plus de vingt nationalités différentes » qui «s’unirent dans l’harmonie » pour permettre la construction de ces routes. Le désenclavement du Tibet vis-à-vis de la « mère patrie » est donc présenté comme un enjeu concernant tout le territoire et toutes les populations de Chine. En ce qui concerne la route Sichuan-Tibet, Goldstein (p. 414) note, que dans la première période de construction, « presque tous les ouvriers étaient chinois. » Plus tard, des Tibétains sont aussi engagés, et principalement affectés à casser des pierres et creuser la terre. Il dénombre 8061 Tibétains ayant travaillé sur ces routes jusqu’en 1954. La construction de ces roues a employé en tout 111 000 personnes sur quatre années, et plus de 3 000 sont mortes.

Cette leçon sous-entend également que la construction des route n’a visé qu’au développement de cette région, voulu par le bienveillant gouvernement de Pékin, cependant, une analyse un tant soit peu objective montre qu’il en va tout autrement. La construction des deux routes nationales mentionnées répond avant tout aux besoins logistiques de l’ « Armée populaire de libération ». Goldstein cite en effet un télégramme envoyé par Mao au bureau du Sud-Ouest, le 2 janvier 1950, dans lequel celui-ci insiste sur l’importance de la construction de routes carrossables pour permettre à l’APL de pénétrer au Tibet. La construction de ces routes intervient donc au cours de la première moitié des années 1950, et permet de renforcer la position de l’ « Armée populaire de libération » au Tibet central, en facilitant son approvisionnement en nourriture (le Tibet ne pouvant supporter une trop grande pression sur ses ressources alimentaires) ainsi qu’en moyens humains et matériels. (NdT)

Source : Melvyn C. Goldstein. A History of Modern Tibet, Volume 2, The Calm before the Storm : 1951-1955. Londres : University of California Press. 2007

Leçon 10 : Les routes du Toit du monde, dites « du brocart à cinq couleurs 1 »

 

Face à la gare routière, dans le quartier ouest de Lhasa, se dresse la stèle du souvenir. Elle commémore l’accessibilité aux véhicules des célèbres routes nationales Sichuan-Tibet et Qinghai-Tibet. La construction de ces routes nationales a été assurée dans les années cinquante par des militaires et des civils tibétains, sous la direction du Parti communiste chinois et du Président Mao. Sur cette stèle est gravé [le récit de] cet exploit héroïque.

Avant la Libération pacifique du Tibet, la circulation au Tibet était très arriérée.
La totalité du transport de marchandises était assuré par des humains et des animaux. En 1931, le gouvernement local tibétain importa deux petites voitures de l’étranger, mais comme il n’y avait pas de route, des hommes et des bêtes durent les transporter jusqu’à Lhasa en pièces détachées, avant de les remonter.

En 1950, le Parti communiste chinois et le Président Mao dépensèrent de grandes sommes pour libérer un million de serfs tibétains et renforcer les frontières sud-ouest de la patrie, alors que la situation financière nationale était déjà très précaire. Les troupes qui entrèrent au Tibet furent organisées pour « d’une part, permettre l’avancée des soldats, d’autre part, construire des routes nationales », et c’est ainsi que la construction de routes nationales au Tibet commença. Plus de cent mille militaires et civils assignés aux travaux routiers, représentant plus de vingt nationalités différentes, qui n’avaient d’une part aucune connaissance de la géographie ni du terrain et, d’autre part, aucune expérience de la construction de routes en haute altitude, s’unirent dans l’harmonie, firent preuve d’intelligence solidaire et d’ardeur face à ces difficultés inédites. Ils transpercèrent les montagnes de part en part pour la première fois et franchirent les interminables monts Kunlun pour construire les routes nationales du Toit du monde, Sichuan-Tibet et Qinghai-Tibet, célèbres dans le monde entier. Pour mener à bien cette entreprise, trois mille militaires et civils offrirent leur vie et un nombre non négligeable de travailleurs souffrirent ensuite de handicaps ou de maladies chroniques.
C’est pour leur sang et leur sueur [versés] que fut érigée cette stèle, symbole de l’harmonie réussie entre les nationalités. La circulation des véhicules sur les routes Sichuan-Tibet et Qinghai-Tibet, a jeté un « pont d’or » pour se déplacer du Tibet vers la capitale de la patrie, et ces routes représentent toutes deux les bases stables et solides pour la construction économique du Tibet et le renforcement de la protection des frontières du sud-ouest. Au Tibet, la vie des peuples des différentes nationalités a grandement bénéficié de ce trafic routier et le peuple les surnomme les « voies du brocart à cinq couleurs » qui permettent de progresser vers le bonheur.

Depuis quarante ans que des véhiculent empruntent les routes nationales Sichuan-Tibet et Qinghai-Tibet, le Tibet a connu des bouleversements radicaux et la circulation s’est grandement développée. Devant nos yeux se déploient diverses infrastructures de transport en Région Autonome, parmi lesquelles routes nationales, lignes aériennes, pipelines. L’atelier de réparation attenant à l’aéroport de Gongkar a été achevé et l’entretien des routes nationales Sichuan-Tibet et Qinghai-Tibet, ainsi que les services de réparation de la nationale sino-népalaise et de celle qui va de Chamdo à Pamda ont pu être développés sans encombres. Au total, les voies routières nationales de la Région Autonome du Tibet mesurent plus de 22000 kilomètres, et soixante-treize districts [sur 77] et 77% des xiang2 sont desservies par des routes nationales. Ces « autoroutes dorées » guident vers la civilisation et la richesse les populations de diverses nationalités qui vivent au Tibet.


Exercices :

1) Quelles sont les deux routes nationales décrites comme « permettant la circulation » ?

2) Combien a-t-il fallu d’années en tout pour construire ces deux routes nationales et combien d’ouvriers militaires et civils y ont-ils laissé la vie ?

1) Apprend la chanson « La Montagne Erlang »3

  1. 1. Ces cinq couleurs sont le blanc, le bleu, le vert, le rouge et le jaune. Elles apparaissent en particulier sur les drapeaux de prières, et symbolisent les éléments, respectivement l’air, l’espace, le bois, le feu et la terre.
  2. 2. xiang : canton, unité administrative immédiatement supérieure au village. (dictionnaire de la Chine contemporaine)
  3. 3. Chant révolutionnaire chinois des années 1950.