Leçon 9 : Les deux joyaux de Grand-Père Tashi

 

Cette leçon se veut l’illustration du comportement qu’il convient d’adopter à l’égard des symboles de la RPC. L’enfant doit non seulement garder une attitude respectueuse et reconnaissante envers les traces de l’histoire de la mise en place de la RPC au Tibet, mais il est également incité à leur vouer une vénération particulière, et à entretenir le culte de la personnalité du « président Mao ».

Ceci est légitimé par le récit du Grand-père, qui rappelle aux enfants les hauts faits de l’instauration du pouvoir chinois au Tibet : « la libération d’un million de serfs insurgés » (c'est-à-dire, l’invasion du Tibet par l’armée populaire de libération) et la « première participation à une élection ». Sur ce dernier point, on peut citer les premières lignes de l’article « élections » du Dictionnaire de la Chine contemporaine : « L’élection a toujours été un principe constitutionnel en Chine populaire. Pour autant, les élections libres et pluralistes restent illégales et inexistantes dans ce pays, sauf parfois à l’échelon de base de l’organisation administrative, c'est-à-dire au sein des comités de villageois ou de résidents urbains. » (Sanjuan, Thierry (dir.). Dictionnaire de la Chine contemporaine. Paris : Armand colin. 2006. article : élection, p.85). (NdT)

 

 

Grand-père Tashi a deux joyaux : le premier est un portrait photographique du Président Mao, encadré et en couleurs, et le second est un certificat d’électeur1, vieux et jauni, étroitement enroulé dans une pièce de brocart. Grand-Père Tashi le surnomme « le certificat de propriété de sa maison ». Le portrait du Président Mao est l’élément le plus visible, accroché au mur, et le certificat est conservé dans un coffre à vêtements.

Au nouvel an et lors des fêtes, Grand-Père Tashi ne manque pas de décrocher le cadre du Président Mao et de l’essuyer avec soin. Ensuite, il le replace sur le mur. Quand les membres de la famille font leur lessive et se changent, le vieil homme leur rappelle immanquablement qu’il ne faut pas salir ni perdre le certificat.

Un jour, sa petite-fille Dadrön eut envie d’accrocher au mur une illustration représentant un paysage, et elle demanda à son aïeul de décrocher le portrait du Président Mao. Son grand-père ne fut pas d’accord et il extirpa le certificat de son coffre à vêtements. Il s’accroupit près de la petite Dadrön et il lui parla de ses deux joyaux : « Dadrön, ignores-tu pourquoi moi, ton grand-père, je souhaite que reste toujours accrochée au mur de notre maison la photo du Président Mao, et pourquoi je considère cette photo et ce certificat comme des joyaux ? Ce dernier est la preuve que je suis devenu propriétaire de ma maison. Ceci s’est passé après la libération d’un million de serfs insurgés, dont je faisais partie. Le Parti Communiste et le Président Mao nous ont sauvés de la souffrance et, s’il n’y avait pas eu le Parti Communiste, ni le Président Mao, comment donc pourrions-nous vivre une vie aussi heureuse qu’aujourd’hui ? ».

Grand-père Tashi poursuivit, s’adressant toujours à Dadrön : « Quand j’étais petit, comme beaucoup d’enfants de serfs de sept ou huit ans, j’ai dû travailler pour la maisonnée de notre seigneur, et effectuer un travail salissant et pénible. Malgré cela, je ne mangeais jamais à ma faim, je n’étais jamais vêtu chaudement et, par là-dessus, je devais endurer les coups assenés par le seigneur. L’Armée populaire de libération2 nous a protégés des coups de cravache du seigneur, et un combattant de l’Armée populaire de libération m’a donné alors cette photo du Président Mao. Quant à ce certificat, je le garde comme souvenir de ma première participation à une élection ».

Enfin, Grand-Père Tashi déclara : « Le Parti Communiste et le Président Mao sont les protecteurs bienveillants de notre peuple tibétain.
Dis-moi ! Cette photo du Président Mao et ce certificat de vote ne sont-ils pas extrêmement précieux ? » Dadrön ne répondit pas, mais aida son grand-père à envelopper le certificat de vote et s’inclina avec humilité devant le portrait du Président Mao.

Exercice :

1) Qui sont les protecteurs bienveillants du million de serfs agricoles qui se sont soulevés ?

Activité :

1) Apprends la chanson « Sur la montagne dorée de Pékin3 ».

  1. 1. (à venir)
  2. 2. L’armée communiste, dont l’organisation autour du général Zhu De commence à la fin des années 1920, est d’abord connue sous le nom d’ « armée rouge ». Cette armée se constitue en profitant largement des désertions de l’armée nationaliste, mais aussi des paysans qui la rejoignent, et mène la guerre civile contre le gouvernement nationaliste, jusqu’à l’avènement de la République Populaire de Chine. En juillet 1946, elle prend le nom d’Armée Populaire de Libération. Armée de guerilla et de guerre civile, dont les hommes sont principalement recrutés sur la base du volontariat jusqu’en 1950, l’APL se modernise avec l’aide de l’Union soviétique à partir de 1951. La conscritption est instaurée en 1955. Comptant plus de quatre millions d’hommes en 1980, ses effectifs ont été réduits à 2,3 millions aujourd’hui. (Sources : John K. Fairbanks et Albert Feuerwerker (eds.), The Cambridge history of Chine, vol. 13 : Republican China, part 2. Cambridge University Press. 1986. Marie-Claire Bergère, La Chine de 1949 à nos jours. Paris : Armand-Colin 1987. Thierry Sanjuan (dir.). Dictionnaire de la Chine Contemporaine. Paris : Armand Colin. 2008. article armée, p. XX.)
  3. 3. Chanson "tibétaine", sponsorisée par l'Etat : "Les Tibétains sont autorisés à exprimer leurs particularités, tant qu'il ne s'agit que de mélodie et de costumes colorés. Et même ces éléments doivent être sinisés pour convenir à l'Etat chinois. L'expression d'éléments identiraires plus significatifs, au contraire, est refusée et symboliquement neutralisée. [State-sponsored “Tibetan” song: “The Tibetans... are allowed to maintain their otherness only where melody and colourful costumes are concerned. And even these still have to undergo sinification to fit the Chinese state. More significant expressions of otherness, by contrast, are negated and symbolically neutralized”] (Baranovitch 2003: 63).