Pour illustrer la cruauté de l’ancien régime, la leçon 8 détaille les sévices que subissaient les malheureuses victimes au sein de la prison Nangtsésha. Cette prison existait bien : située sur le flanc nord du temple du Jokhang, elle mesurait 720 m². Elle abritait à la fois un centre carcéral principal de Lhasa (l’autre était situé dans le village de Shöl, au pied du Potala) et la cour de justice de Lhasa. Dans Le Mendiant de l’Amdo, H. Stoddard évoque l’incarcération de Gendun Chöphel (1903-1951), mystique, historien, politicien et iconoclaste du 20ème siècle – il était soupçonné de vouloir introduire le communisme au Tibet. Le régime subi par Gendun Chöphel à Nangtsésha ne semble pas des pires. En revanche, à Shöl, « les témoignages sont contradictoires. Le procureur général … la décrivit comme un trou puant… Dans une lettre…. Gendun Chöphel raconta qu’un prisonnier venait de mourir, car les fers, trop serrés autour de ses chevilles, empêchaient le sang de circuler. Ses jambes gonflèrent et il mourut » (Le Mendiant de l’Amdo, 1985, p. 240). Cependant, le petit livre omet de préciser deux faits indéniables : d’une part, que la peine de mort a été abolie au début du XXème siècle par le Treizième Dalaï-lama (1876-1935), qui estimait que cette pratique était en contradiction avec l’impératif de compassion en vigueur au Tibet. D’autre part, que depuis 1951, le nombre de prisons a été amplement multiplié par les nouveaux maîtres du Tibet. Pour les contrevenants à la loi chinoise, et on sait qu’en Chine un accident est vite arrivé, ce sont maintenant des dizaines et des dizaines de prisons qui s’offrent aux magistrats pour y punir les contrevenants à la loi. Les textes officiels parlent de « une unique prison en RAT et deux équipes de réforme-par-le-travail, neuf cents prisonniers et tous coupables d’actes criminels » (Livre blanc sur le Tibet). R. Barnett a montré qu’on ne parvient à ces chiffres qu’en jouant sur les mots : le terme employé par le texte chinois ne concerne que les prisons où sont envoyées les personnes condamnées formellement par un tribunal. Il existe des dizaines d’autres types de centre d’incarcération : d’après R. Barnett, ils sont au nombre de sept au moins à Lhasa intra-muros ; chacun des 74 cantons en RAT et 65 hors de la RAT possède son centre de détention et, « très certainement », chacune des sept préfectures de la RAT a son « centre de réforme par le travail » - sans compter ceux qui parsèment le Qinghai, connu comme une province où les camps de travail sont nombreux, et le Sichuan.
Quant aux instruments de torture que présente le petit livret, il suffit juste de renvoyer le lecteur à une illustration du même type : les instruments de torture que Palden Gyatso, incarcéré trente-trois à Lhasa, a pu faire sortir clandestinement de prison et en exil. (NdT)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Palden_Gyatso
http://www.dromeardeche-tibet.org/temoignages.htm
http://www.actes-sud.fr/ficheisbn.php?isbn=9782742713585
Sources :
H. Stoddard, Le Mendiant de l’Amdo. Nanterre : Société d’ethnographie, 1985.
R.Barnett, « Question 21 », in Blondeau A.-M. et Buffetrille K. (sous la dir. de), Authenticating Tibet. Berkeley : University of California Press, 2008.
Leçon 8 : « L’enfer sur terre : Nangtsésha »
Le Nangtsésha était le bureau de l’administration et de la justice de la ville de Lhasa, au Tibet ancien. Du haut du Nangtsésha, on pouvait voir les crimes accumulés contre le peuple tibétain par le gouvernement local du Tibet ancien, crimes que le ciel ne pourrait contenir.
Le Nangtsésha se situe sur la portion nord de la rue du Barkor1, À l’étage supérieur se trouvait la cour de justice où l’on interrogeait et battait les serfs, et il y avait environ cinquante types d’instruments de châtiment. À l’étage du dessous, c’était une prison très sombre et très humide. Les murs de toutes les cellules étaient maculés de traces de sang et certaines d’entre elles étaient infestées de scorpions. Si les serfs avaient nuit aux intérêts de leurs maîtres ou bien s’ils s’étaient rebellés, ils étaient non seulement emprisonnés, mais aussi condamnés. Ainsi, chaque année, plusieurs centaines de serfs étaient incarcérés au Nangtsésha. Lorsque les serfs étaient arrêtés, ils étaient d’abord frappés jusqu'à mettre leur chair en lambeaux, puis on les jetait en prison. Dans la cellule, d’où l’on n’apercevait pas le moindre rayon de soleil, ils étaient tourmentés par le froid et la faim. Le jour ils avaient les pieds et les poings menottés et, la nuit, ils étaient attachés les uns aux autres, par groupes de dix, avec des barres en fer, si bien qu’ils ne pouvaient plus du tout bouger. Ils subissaient la torture des scorpions. Le Nangtsésha était, ainsi, enfer sur Terre.
Les tortures de l’enfer sur terre ne se limitaient pas à celles décrites ci-dessus. On arrachait les yeux et on tranchait les membres de certains serfs. Pire encore, certains étaient enterrés vivants, et d’autres étaient tués après avoir été éventrés et emmenés parader sur le Barkor, les entrailles exposées.
Plus grave encore, quand bon lui semblait, le Dalaï-lama accomplissait des rituels de sortilèges tels que la «soumission des démons » et la « dispersion » [des esprits malfaisants]. Lors de ces cérémonies, le Nangtsésha arrêtait des personnes pour les exécuter, après quoi, on faisait des instruments tantriques avec leur tête, leur chair et le sang de leur cœur… Par exemple en 1948 on peut citer Phurbu, le fils de Grand-mère Tsering Yangdzom qui habitait le Barkor à Lhasa. Il fut la victime d’un rituel de sortilèges accompli par le Dalaï-lama. A l’époque, il avait juste quatorze ans. Un après-midi, il fut arrêté par des soldats tibétains, exécuté au Nangtsésha et [son corps] servit à la fabrication d’objets tantriques. Quand la Grand-mère Tsering Yangdzom courut au Nangtsésha à la recherche de son fils, on l’expulsa sans qu’elle puisse voir sa dépouille. La dette de sang pour les sévices infligés par le Nangtsésha au peuple tibétain serait interminable à raconter.
Exercice :
1) Identifie quelques-uns des instruments de torture utilisés contre leurs serfs par les trois grands seigneurs de la société ancienne du Tibet, et donne quelques preuves.
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