Leçon 12 : La vie bienheureuse du peuple

 

Toujours dans la même veine, cette leçon vante les progrès économiques et démocratiques qui ont prétendument eu lieu au Tibet depuis sa « libération ». Rappelons encore une fois, en ce qui concerne la démocratie, que le Dictionnaire de la Chine contemporaine précise que le seul échelon administratif en Chine, où il est possible d’observer une certaine démocratie est celui des « comités de villageois », et même là, on estime qu’elle est, dans les faits, inexistante dans 60 à 90% des cas.

Pour ce qui est des progrès économiques, Andrew Fischer montre, dans Authenticating Tibet que la faiblesse de l’augmentation du revenu moyen des agriculteurs et éleveurs au Tibet, combinée à une inflation galopante, supérieure au reste de la Chine, a eu pour résultat, une baisse des revenus réels de la population rural, entre 1990 et 2000, et donc une baisse du niveau de vie. En 1999, 25% de la population rurale vivait en dessous du seuil de pauvreté absolue en RAT. Une étude du Bureau International du Travail estimait en 1998, que 11% de la population urbaine vivait sous le seuil de pauvreté. De plus, l’essentiel des revenus urbains proviennent de salaires de fonctionnaires ou d’employés d’entreprises d’Etat, suggérant une économie d’assistanat plus qu’un quelconque développement local.(NdT)

Sources :

Sanjuan, Thierry (dir.). Dictionnaire de la Chine contemporaine. Paris : Armand colin. 2006. article : élection, p.85

Anne-Marie Blondeau & Katia Buffetrille. Authenticating Tibet : Answers to China’s 100 questions. University of California Press. 2008.

Leçon 12 : La vie bienheureuse du peuple

Les Tibétains, qui ont vécu de génération en génération sur le Toit du monde, ont construit l’histoire tibétaine. Cependant, au Tibet ancien, les serfs étaient non seulement privés de pouvoir politique, économique et de contrôle sur leur existence mais, en tant qu’individus, ils étaient même possédés par les propriétaires de serfs. Les serfs vivaient au niveau le plus bas de la société. Après la Libération pacifique et les réformes démocratiques1, ils connurent une nouvelle vie. Grâce à l’ouverture de la porte des réformes, ils purent progresser sur la route de la richesse et de la civilisation.

Aujourd’hui les anciens serfs et leurs descendants sont devenus les maîtres du pays. Ils entrent dans l’administration de l’État et élisent, en fonction de leurs convictions, les leaders locaux et représentants populaires. Un couple de vieillards, handicapés suite aux coups assenés par leur maître, refusa [par exemple] de laisser leur fille aller voter pour eux. Ils se traînèrent sur leurs jambes vacillantes jusqu’aux urnes pour voter eux-mêmes, et ils élirent le représentant de leur choix. Ils disent qu’ils ont éprouvé de la fierté pendant le processus d’élection.

Les masses populaires tibétaines ont non seulement obtenu le pouvoir politique et économique, mais, avec les nationalités sœurs de toute la patrie, elles avancent aussi sur la route de l’enrichissement, grâce aux politiques du Parti. Wangchen est un agriculteur de quarante ans. Paysan, il a arrêté ses études en fin d’école primaire. Avant que ne s’ouvre la porte des réformes, la vie des cinq membres de sa famille était très difficile. Après les réformes, il a emprunté deux mille yuans à la banque de crédit de son xiang2 et s’est lancé dans le commerce. Levé tôt et rentré tard, son commerce se développa il s’est enrichi dans les affaires. Après dix ans de dur labeur pour les fonder Dix ans après s’être lancé pour la première fois dans le dur labeur, il est maintenant le propriétaire de six petits commerces, d’un atelier de mobilier et d’une presse à huile. Il a un capital de plus de trois cent mille yuans. C’est un homme riche et célèbre. À présent, le plus grand souhait de Wangchen est que toujours plus de compatriotes empruntent la route qui mène à la richesse. Non seulement il se sert de son propre camion pour aider ses frères locaux à transporter de l’engrais, mais grâce à ses efforts, il est aussi devenu un riche chef de village qui soutient énergiquement les entreprises de commerce.

La plupart des gens qui se sont enrichis se demandent comment parfaire leur vie culturelle. Dans les villes et les banlieues, bien sûr mais aussi dans les campagnes, les gens en ont terminé avec un mode de vie qui consiste à partir travailler à l’aube et rentrer au crépuscule. Les gens qui s’adonnent à une activité durant le jour, mènent, à la tombée de la nuit, une nouvelle existence. Les personnes âgées restent à la maison, écoutent la radio ou regardent la télévision tout en buvant du thé au beurre3 et beaucoup de jeunes gens étudient des matières scientifiques à l’école du soir. Tout cela constitue de nos jours la vie bienheureuse de la nationalité tibétaine.

Exercice :

1) En te basant sur la leçon, décris comment les gens vivent actuellement.

  1. 1. Les « réformes démocratiques » sont initiées en 1955, au Tibet oriental (Kham et Amdo). Il s’agit essentiellement de créer des « groupes d’entraide » et de redistribuer les terres, ainsi que des tentatives de sédentarisation de groupes nomades. Cette politique de réformes, menées sans considération pour les sentiments religieux des tibétains, alors que les monastères comptaient parmi les plus grands propriétaires terriens, conduit à des soulèvements, qui se propagent rapidement. En 1957, face à l’hostilité de la population et pour éviter les troubles, le gouvernement chinois décide de retarder la mise en place des « réformes démocratiques » au Tibet central. Elle intervient en Juin 1959, quelques semaines après l’écrasement de la révolte au Tibet central et la fuite en exil du Dalaï-lama. On prône une mise en place progressive des réformes, de façon pacifique. Deux étapes sont ainsi définies : tout d’abord, l’élimination des dernières poches de rébellion, la suppression de la corvée et la diminution du prix à payer pour l’exploitation des terres, puis, la redistribution des terres. Dans la plupart des régions, ce programme est effectué à la hâte et les deux étapes sont achevées en février 1960. Comme au Tibet oriental, ces « réformes démocratiques » rencontrent l’hostilité de la population car elles sont vécues comme étant imposées de l’extérieur, et considérées par les Tibétains comme une attaque de leur système de valeur. Quelles qu’aient été les inégalités et injustices du système, il n’y avait pas, au Tibet d’avant 1950, de soulèvements de paysans contre le système agraire. Tsering Shakya. The dragon in the land of snows : a history of modern Tibet since 1947. Londres : Pimlico. 1999.
  2. 2. canton
  3. 3. Les Tibétains consomment traditionnellement le thé sous forme de bouillon, mélangé à du beurre et du sel.